Voilà, je suis de retour au Québec depuis un an maintenant après plus de cinq ans en France (Bordeaux) et mon coeur est resté là-bas.Au fil des mois et des semaines passées à Montréal , je constate que la réadaptation à son pays d'origine est extrêmement difficile. C'est pourquoi je conseille à tous ceux qui souhaitent tenter l'aventure de l'immigration de bien se préparer à tous les niveaux car émigrer équivaut à un mariage : il faut à la fois aimer son partenaire et accepter de s'engager totalement dans cette vie nouvelle, sinon le "divorce" d'avec son pays d'adoption peut être aussi douloureux que dans le cas de relations matrimoniales.
La raison en est simple : émigrer c'est s'investir dans un processus d'adaptation qui va nous permettre, au bout de quelques années, de se créer de nouvelles racines. Des racines fragiles et au début quelque peu superficielles, car non encore profondément enfoncées dans cette terre encore un peu étrangère, mais des racines tout de même et pour lesquelles les nouvelles habitudes créées joueront un rôle primordial.
Par exemple, le fait d'emprunter toujours le même chemin (pour aller faire ses courses par exemple ou pour aller à son bistro préféré) imprimera le souvenir des rues, des pierres et de l'architecture dans le cerveau et ces souvenirs, emmagasinés inconsciemment, remplaceront progressivement les "vieux" souvenirs, ceux de la vie "d'avant", jusqu'à les dominer en importance et en signification. C'est un peu ce qui se passe lorsque l'on change d'appartement et de quartier : on rebâtit nos repères jusqu'à ce que les nouveaux lieux deviennent plus familiers que les anciens.
C'est donc souvent une erreur de revenir en arrière (à moins de n'avoir pas le choix ou de n'être décidément pas heureux), car cela implique de refaire le chemin en sens inverse ; il en résulte souvent un sentiment de "déjà-vu" assez désagréable et qui n'est pas loin de s'apparenter à l'échec.
Mon coeur est resté en France et je sais dans mon cas que ce fut une erreur de revenir. Disons pour ma décharge que je n'avais pas le choix. Mais ma décision est prise depuis longtemps : je sais que bientôt je retournerai "chez moi"...